La littérature policière s’efforce de refléter la société telle qu'elle a été, qu'elle est, ou qu'elle devient.
Est-ce prétendre, alors, qu’énigmes, crimes ou intrigues, ne sont que prétextes à évoquer des faits passés, actuels ou futurs, qu'ils soient politiques, économiques, sociaux, régionaux ou nationaux, voire internationaux ?
Certainement pas.
Néanmoins l'enquête policière se déroule dans un environnement donné. Enquêteurs et criminels sont des hommes et des femmes immergés dans ce contexte.
Pour ce qui est de l'environnement, dans mes polars, c'est le Sud. Le sud de la France, et plus particulièrement, le Var, ses paysages, son climat, la mer, la mentalité de ses habitants, l'apparente convivialité et la violence sous-jacente.
Pour le contexte sociétal, ce sont les grands thèmes qui marquent notre époque : les injustices, la science, l'écologie, le climat, les migrations, le terrorisme, les droits de l'homme, le nationalisme, etc...

jeudi 18 juillet 2013

Roman de gare ou genre littéraire majeur

   Les auteurs de polars du nord de l’Europe, Henning Mankell, Stieg Larsson, Camilla Läckberg, les suédois, ou encore Arnaldur Indridason, l’islandais, sont souvent considérés en France par de nombreux critiques spécialisés, comme les maîtres du polar. Beaucoup de lecteurs que je rencontre à l’occasion des salons littéraires auxquels je participe partagent cet avis.
   Comment expliquer un tel engouement, une telle adhésion ?
   J’y vois au moins trois raisons de fond et une raison que je qualifierais de technique.

   Commençons donc par évoquer la raison technique. Ces auteurs étrangers – et le mérite en revient sans doute à leurs éditeurs français – sont remarquablement traduits dans notre langue. Je trouve regrettable que le travail de ces traducteurs talentueux ne soit pas valorisé comme il se devrait. Que vaudrait en effet, Les chiens de Riga d’Henning Mankell sans le vocabulaire ciselé d’Anna Gibson qui nous dévoile le style très recherché de l’écrivain suédois ? L’Islande sombre et fantomatique d’Arnaldur Indridason, décrite dans La femme en vert,  nous serait-elle accessible sans la fluidité du récit qu’en fait Eric Boury ? Les enquêtes d’Erica Falck, dans La princesse des glaces ou dans Le prédicateur, nous passionneraient-elles autant si Lena Grumbach, Marc de Gouvenain ou Catherine Marcus, n’avaient pas su s’imprégner de la sensibilité de la suédoise Camilla Läckberg et nous faire aimer le style direct et familier, voire populaire, de cette jeune auteure ?
   Pour moi, ces traducteurs sont de véritables écrivains qui mériteraient plus de considération.

   La première raison de fond que je vois dans le succès de ces auteurs nordiques tient bien entendu – c’est la moindre des choses me direz-vous – dans le choix de l’affaire criminelle qui nous est présentée. La psychologie des personnages principaux et secondaires, tout autant les criminels que les enquêteurs, occupe une place centrale dans le récit. C’est en cela, sans doute, que ces auteurs, plus que d’autres peut-être, contribuent grandement à l’évolution du polar vers la reconnaissance d’un genre littéraire majeur, qui s’éloignerait du « roman de gare ». Je sais que cette vision des choses n’est pas partagée par tout le monde.


   La deuxième raison de cette réussite littéraire est à rechercher, à mes yeux, dans la construction même du récit qui alterne habilement les séquences de la vie des personnages, leurs familles, leurs amours, leurs difficultés matérielles, avec les séquences propres à l’enquête. Ces écrivains ne craignent pas ces ruptures dialectiques dans le récit. C’est, pour moi, une réponse magistrale à la critique d’un éditeur qui me reprochait précisément ce morcellement intempestif du déroulement de l’enquête policière dans un de mes manuscrits.

   La troisième raison, enfin, la plus significative, tient à l’immersion de l’enquête et de l’affaire criminelle, dans le contexte sociologique, politique, historique et même économique et écologique, du lieu, et qui nous fait mieux connaître ainsi ces pays du nord de l’Europe que l’on a tendance, sans doute un peu trop, à idéaliser.

   Vous avez compris, je l’espère, que ces auteurs venus du froid, sont mes modèles. Mes inspirateurs. Quel mot stupide !