La littérature policière s’efforce de refléter la société telle qu'elle a été, qu'elle est, ou qu'elle devient.
Est-ce prétendre, alors, qu’énigmes, crimes ou intrigues, ne sont que prétextes à évoquer des faits passés, actuels ou futurs, qu'ils soient politiques, économiques, sociaux, régionaux ou nationaux, voire internationaux ?
Certainement pas.
Néanmoins l'enquête policière se déroule dans un environnement donné. Enquêteurs et criminels sont des hommes et des femmes immergés dans ce contexte.
Pour ce qui est de l'environnement, dans mes polars, c'est le Sud. Le sud de la France, et plus particulièrement, le Var, ses paysages, son climat, la mer, la mentalité de ses habitants, l'apparente convivialité et la violence sous-jacente.
Pour le contexte sociétal, ce sont les grands thèmes qui marquent notre époque : les injustices, la science, l'écologie, le climat, les migrations, le terrorisme, les droits de l'homme, le nationalisme, etc...

mardi 10 décembre 2013

En attendant Sarah

Un extrait.

Sanary-sur-Mer
Quartier Portissol
Mars avril 2018
  
Depuis un mois à peu près, le capitaine de police Félicien Aubin enquêtait sur un meurtre commis à Sanary-sur-Mer. On avait trouvé, dans une superbe villa du quartier des plages de Portissol, au bord de la piscine, le cadavre d’une jeune femme dénudée d’une quarantaine d’années. Un tee-shirt déchiré, une culotte, des chaussures, des lunettes de soleil, une serviette de bain, et une fine chaîne en or fin, cassée, avec un petit pendentif représentant un dauphin, jonchaient le sol de la grande terrasse. Elle avait été tuée de deux balles dans la tête, tirées vraisemblablement à bout portant.
Le début de l’enquête avait été mené par un lieutenant du commissariat de Sanary, avant qu’elle ne fût confiée au Service Régional de Police Judiciaire de Toulon. Cet officier de police avait recueilli les premiers éléments du dossier, les premiers témoignages et notamment l’heure du crime : vraisemblablement entre dix heures et midi, le mercredi 14 mars 2018.
Le médecin légiste était formel. Des traces de violence étaient visibles en plusieurs endroits du corps de la jeune femme. Dans une salle de l’Institut médico-légal de Toulon, il avait montré au capitaine Aubin la lèvre inférieure enflée et fendue, des égratignures sur les seins provenant probablement de petits coups de couteau ou de cutter, des bleus sur le ventre, quelques traces de sang sur son bras droit et des taches blanchâtres de sperme séché sur ses cuisses.
Aucune empreinte digitale n’était exploitable. On avait, bien sûr, identifié autour de la piscine, celles de monsieur Santarelli, le propriétaire de la villa, de sa fille et de la gouvernante. Mais rien que de tout à fait normal.

Le lendemain, le commandant Lucien Mignard, chef de l’antenne toulonnaise du laboratoire de police scientifique de Marseille, avait confirmé, dans le rapport qu’il avait remis à son ami Félicien, que la victime avait sans doute été violée, bien qu’il demeurât un doute. En effet, il n’y avait pas la moindre trace de sperme dans le vagin. Après tout, l’acte sexuel pouvait très bien être sans rapport avec le meurtre de la jeune femme et avait pu être accompli sans pénétration. Un prélèvement d’ADN du sperme trouvé entre ses cuisses avait été confronté au Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques. Sans résultat. Le présumé violeur n’était pas répertorié dans ce fichier, pourtant fort rempli en ce mois de mars 2018, au grand dam du commandant Mignard. Il jugeait abusifs la plupart des prélèvements effectués par ses collègues pour des motifs parfois insignifiants. Les cinq années de gouvernement de la gauche n’avaient rien changé à la pratique de ces méthodes de fichage des citoyens. Comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs. Ce qui avait probablement valu la sévère déculottée qu’avaient subie les partis au pouvoir depuis 2012. Comme à chaque fois qu’ils avaient gagné une élection nationale, les socialistes ne parvenaient pas à mettre en œuvre une politique réellement progressiste. Contrairement à la « droite décomplexée », ils étaient en contradiction avec les idéaux qu’ils défendaient si bien lorsqu’ils étaient dans l’opposition.