La littérature policière s’efforce de refléter la société telle qu'elle a été, qu'elle est, ou qu'elle devient.
Est-ce prétendre, alors, qu’énigmes, crimes ou intrigues, ne sont que prétextes à évoquer des faits passés, actuels ou futurs, qu'ils soient politiques, économiques, sociaux, régionaux ou nationaux, voire internationaux ?
Certainement pas.
Néanmoins l'enquête policière se déroule dans un environnement donné. Enquêteurs et criminels sont des hommes et des femmes immergés dans ce contexte.
Pour ce qui est de l'environnement, dans mes polars, c'est le Sud. Le sud de la France, et plus particulièrement, le Var, ses paysages, son climat, la mer, la mentalité de ses habitants, l'apparente convivialité et la violence sous-jacente.
Pour le contexte sociétal, ce sont les grands thèmes qui marquent notre époque : les injustices, la science, l'écologie, le climat, les migrations, le terrorisme, les droits de l'homme, le nationalisme, etc...

samedi 7 octobre 2017

Qui est Félicien Aubin ?

Le personnage récurrent de mes polars.


Lors d’une rencontre littéraire autour du polar, on m’a posé la question suivante : comment est né le personnage de Félicien Aubin ?
Comment il est né, je n’en sais rien. Je n’y étais pas. Ce que je sais, c’est qu’il a aujourd’hui, un peu plus de cinquante ans. On est en 2018, ne l’oubliez pas  Il a donc dû naître dans les années soixante. Est-ce que cela a pu avoir une incidence sur sa façon de vivre ? Pourquoi pas ! Mais il n’a pas connu mai 68 ! Trop jeune.
Comment ai-je fait sa connaissance ?
Je l’ai découvert par hasard, un jour où j’avais décidé de m’intéresser à une affaire criminelle : un meurtre dans une chambre d’hôtel à Bandol. (Voir "Crimes et sentiments")
C’est ainsi que j’ai rencontré Aubin pour la première fois. Je l’ai vu arriver dans sa vieille guimbarde, un jour de tempête, vêtu simplement, sans souci de paraître. Ce n’est pas un athlète, il ne joue pas les cowboys. Physiquement c’est un homme qui n’a rien de particulier, mais tout de même un certain charme. J’ai assisté aux premiers instants de l’enquête. J’ai trouvé qu’il avait quelque chose de peu commun pour un policier. J’ai tout de suite compris qu’il n’était pas flic par vocation : sa manie de vouloir se faire appeler « inspecteur » alors que cette appellation n’est plus en usage dans la police nationale depuis 1995. Son véritable grade était « lieutenant », ce qui n’est pas particulièrement brillant pour un fonctionnaire de plus de 50 ans, il devrait être commandant ou au moins capitaine. Pourquoi ? Est-ce que c’est un mauvais flic ? Est-ce qu’il est mal apprécié par sa hiérarchie ? Et pour quelles raisons ?
J’ai décidé de m’intéresser à lui autant qu’à l’enquête. Mener les deux histoires en parallèle.
J’ai compris peu à peu, ce qu’il était réellement, son vécu, son passé, sa jeunesse, sa famille, ses blessures, ses souffrances. Tout ce qui a fait de lui un dépressif pessimiste et révolté.
Sa hiérarchie lui reproche de ne pas faire preuve d’esprit d’équipe, d’être un solitaire. Pourtant il collabore avec certains de ses collègues, peu nombreux, il est vrai.
J’ai découvert peu à peu sa conscience professionnelle, son attachement aux services publics, son combat pour la justice quitte à être parfois en marge de la légalité républicaine. J’ai apprécié sa fidélité en amour, en amitié.
C’est un homme déçu par la lente et inéluctable mise à mal de ses idéaux de jeunesse.
Il semble mener en permanence un combat contre lui-même, contre « ses vieux démons », comme il dit.