La littérature policière s’efforce de refléter la société telle qu'elle a été, qu'elle est, ou qu'elle devient.
Est-ce prétendre, alors, qu’énigmes, crimes ou intrigues, ne sont que prétextes à évoquer des faits passés, actuels ou futurs, qu'ils soient politiques, économiques, sociaux, régionaux ou nationaux, voire internationaux ?
Certainement pas.
Néanmoins l'enquête policière se déroule dans un environnement donné. Enquêteurs et criminels sont des hommes et des femmes immergés dans ce contexte.
Pour ce qui est de l'environnement, dans mes polars, c'est le Sud. Le sud de la France, et plus particulièrement, le Var, ses paysages, son climat, la mer, la mentalité de ses habitants, l'apparente convivialité et la violence sous-jacente.
Pour le contexte sociétal, ce sont les grands thèmes qui marquent notre époque : les injustices, la science, l'écologie, le climat, les migrations, le terrorisme, les droits de l'homme, le nationalisme, etc...

jeudi 24 octobre 2013

Deux auteurs, deux styles

Le polar est aujourd’hui un genre littéraire qui a ses lettres de noblesse et qui trouve un lectorat de plus en plus large et fidèle.
Plusieurs des raisons de ce succès ont déjà eté analysées dans ce blog. Je n’y reviendrais pas.
Il en est une, en revanche, qui me paraît au moins aussi forte que les autres, c’est la remarquable diversité des styles des auteurs de polar.

Pour illustrer mon propos, je vous invite à lire deux romans à succès qui méritent, l’un et l’autre, d’être lus.
Celui de Karine Giebel, « Juste une ombre » et celui de Jo Nesbo, « Rouge-Gorge ».

L’auteur varoise nous assène à grands coups de poing d’une extraordinaire efficacité, une succession de scènes au suspense insoutenable à presque toutes les pages. Le résultat, c’est qu’on ne peut pas lâcher le livre avant de l’avoir fini. C’est dur, fatigant, mais passionnant. Sur 600 pages il n’y a pas le moindre instant de répit. L’écriture est simple, directe, dépouillée, rapide, les phrases sont courtes. Le récit est au présent de l’indicatif, sans trop de descriptions. Les dialogues sont rythmés, incisifs, comme dans la vraie vie. Il n’y a qu’une histoire, mais les rebondissements sont tellement nombreux et inattendus, qu’on a l’impression qu’il y en a plusieurs.
Chez le Norvégien, en revanche, le style est plus classique. L’écriture, en tout cas telle qu’elle nous est donnée à voir par l’excellente traduction, est plus fluide, plus descriptive. Les nombreux retours en arrière dans le passé des collabos, sont présentés sans artifice (une simple date en tête de chapitre), entre les tranchées de Leningrad pendant la deuxième guerre mondiale et la Norvège d’aujourd’hui.

« Juste une ombre » est un récit au jour le jour, mené tambour battant par une écrivaine talentueuse qui maîtrise parfaitement l’art et la manière d’empêcher le lecteur de dormir.
« Rouge-Gorge » est un roman particulièrement bien construit, soigneusement documenté, qui donne au lecteur l’impression de mieux connaître l’histoire récente de la Norvège.

Lequel des deux est mon préféré ? Sans langue de bois, j’ai trouvé beaucoup de plaisir à lire les deux.

« Rouge-Gorge », de Jo Nesbo, format poche. Folio. 8.27 €

« Juste une ombre » de Karine Giebel, format poche, Pocket. 7.41 €